Pourquoi il est si difficile de placer des
chansons ?
Votre texte sonne bien. Le phrasé
colle parfaitement au rythme. La mélodie se retient facilement :
votre compagne n’arrête pas de la chanter. Vous vous dites "Je la tiens ma
chanson, elle est bonne ! C'est sûr ils vont me la prendre!"
Après la
fabrication d’une maquette que vous avez
peaufinée, revue corrigée et fait entendre à vos amis
critiques, vous vous lancez dans l’envoi aux chanteurs ou
chanteuses interprètes. Parfois on ne tape pas au bon endroit
et cela arrive sur le bureau d’une secrétaire qui en reçoit 100 par jour
et qui met votre maquette dans la pile en attente. Parfois c'est chez
un éditeur qu'arrive votre cher produit et comme ce dernier n'est pas en
recherche ou en lancement de répertoire il détourne sa destination vers la série
des oubliettes.
Vous attendez avec impatience le
coup de fil, le fax du destinataire et un jour au courrier vous recevez une
superbe enveloppe de la maison de disques... vous vous dites fébrilement
"Ca y est !" et après décachetage de ce courrier vous
avez la superbe formule de politesse du directeur artistique "Nous
vous félicitons pour la qualité de votre chanson mais elle ne correspond
pas à notre orientation artistique actuelle . Néanmoins nous vous engageons à
continuer dans votre travail".
Sachez bien que très peu d'artistes
interprètes ont accès à la sélection des oeuvres que vous proposez. La plupart
du temps c'est le directeur artistique qui choisit pour eux. Comment je
le sais ? tout simplement depuis trois ans j’accueille au festival des
Fous chantants (Alès) des artistes à qui je parle de ce problème et qui
me disent tous la même chose .
Bien souvent l'artiste (quand il n'est
pas auteur compositeur) travaille avec une équipe constituée en vogue (deux ou
trois auteurs et deux compositeurs). Le directeur artistique leur programme un
contenu d'album pour lequel ils vont travailler tous dans la même direction. Et
même si votre chanson est bonne elle fait office de vilain petit canard dans
leur travail, même si le directeur artistique sent que ce vilain petit canard
peut devenir un super tube "LE Cygne" il l'éloigne de sa sélection par
obstination professionnelle.
Jean-Jacques Goldman
avec qui j'ai travaillé encore dernièrement en Juillet pour les
choeurs de sa chanson Ensemble m'a raconté ses déboires de placement de
chansons. Au début de sa carrière il ne voulait pas être un interprète mais
auteur compositeur. il n'est pas arrivé à placer une seule de ses chansons ....
il a fallu qu'il soit reconnu en temps qu'interprète pour être ensuite accepté
comme auteur compositeur et demandé partout .
Personnellement j'ai écris plus
de 300 chansons pour le chant choral. J'ai dix titres qui se sont vendus à plus
de 45 000 exemplaires (partitions) et enregistrés sur plus de 100 disques de
chorales vendus à plus de 60 000 exemplaires (mes relevés SACEM me
le confirment) Donc des succès et des tubes uniquement par le bouche à oreille,
sans aucune promo télé radio ou media. Aucun Directeur artistique n'a eu le
"nez" de se pencher sur ce problème, s'il avait donné une seule de ces chansons
à leur interprète avec un appui médiatique et promo habituelle
ils auraient "cassé la baraque".
Faut il renoncer pour autant ? Non !
Je pense qu'internet peut jouer dans quelques temps un super rôle de
démonstration et de vitrine de chansons d'auteurs compositeurs encore méconnus.
Ce sera peut être là l'occasion de créer une banque où iront puiser les éditeurs
qui ne font pas tous leur boulot de façon légitime actuellement. Il y a
cependant des exceptions et des gens qui cherchent des chansons mais comment les
connaître ou les rencontrer ? En tous cas ne vous désespérez pas on vit une
époque difficile pour la reconnaissance. Ferrat me disait l'autre jour "Tu
sais, si je débutais maintenant je ne suis pas sûr que je
sortirais." C'est drôle mais Claude Nougaro m'a dit la même chose
il y a quinze jours à Ales.
Je me dis qu'il faut prendre à
contre pied l'énorme possibilité de communication qu'est le net. Si le système
nous bouche les accès par son gigantisme, retournons lui une médiatisation
qu'il ne pourra pas maîtriser. Regardez comme MP3 les fait trembler. Nous n'en
sommes qu'au début de cette formidable révolution de communication et il ne faut
pas oublier les chaînes non généralistes qui sont avides de programmes nouveaux
d'innovation de création et qui vont trouver des moyens pour percer, qui vont
remettre en question le monopole des chaînes généralistes ......
5 )Actualité